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Composante linguistique

Axe 3 : Sentiments linguistiques ordinaires sur le lexique


Le lexique, le sien, celui des autres, apparaît fréquemment comme un lieu d’intérêt et de débat, que ce soit dans le cadre de son apprentissage, dans le sentiment plus ou moins net de son évolution, ou encore de par son utilisation dans les discours publics. Il fait l’objet d’accords ou de désaccords intersubjectifs, et est susceptible d’ajustements constants. On assiste ainsi à des débats sur des termes, discutés selon leur adéquation dans le rapport mot/chose, dans le rapport mot/situation de discours, ou selon leurs enjeux sociétaux, mais aussi, dans la même veine, à des débats sur les constructions émergentes et les néologismes. La terminologie des « autres » est aussi souvent discutée (cf. les débats publics récents sur la terminologie de la grammaire).
Le lexique peut être interrogé en tant que tel par les professionnels de l’écriture, ou du langage au sens large du terme, dans le cadre de leur pratique (écrivains, éditeurs, journalistes, rédacteurs de textes de loi, enseignants de langue, etc.).

Ainsi, l’axe 3 s’intéressera aux discours non savants sur le lexique, que celui-ci soit envisagé dans son sens ou sa forme, et, par là, au sentiment linguistique des locuteurs, dans son expression non sollicitée. Nous nous proposons en particulier d’aborder les questions suivantes :
- comment s’exprime le sentiment épilinguistique ? En effet, les discours, spontanés ou construits, conservent la trace de ces échanges et observations sur le lexique. On analysera alors les formes d’hétérogénéité montrée, de modalisation autonymique (Authier-Revuz, 1995)
- que disent les discours épilinguistiques de la conscience du lexique, que disent-ils des locuteurs ? et que disent-ils du lexique lui-même, de son évolution notamment ?
- les discours sur le lexique peuvent être révélateurs de la perception des changements de sens ou de forme du lexique (cf. aussi axes 1 et 4) ; ils peuvent être révélateurs de débats politiques et sociaux, ou d’évolutions sociales et culturelles, ou encore de l’intégration de faits inédits, étranges ou étrangers ;
- pour le linguiste, quel est finalement le statut théorique et méthodologique de discours de non-linguistes sur le lexique ?  

La thématique de l’axe 3 prendra pour terrain d’étude différents corpus, notamment, à titre d’exemples, ceux émis dans le cadre de discours littéraires, médiatiques ou juridiques, mais aussi les échanges oraux, ou encore ceux provenant de l’internet (forums et blogues). On pourra procéder également à des enquêtes sur des sujets apprenants du lexique (enfants en apprentissage, apprenants du français langue étrangère). Enfin, la pratique épilinguistique des écrivains peut être abordée par le biais des commentaires métalinguistiques observés dans les textes fictionnels chez les personnages et narrateurs.


La thématique de l'axe 3 est abordée  dans le cadre de la composante Didactique, qui concentre sa recherche sur les représentations ordinaires des enseignants sur le lexique.

Autres études particulières :

1. Étude, dans le cadre de la base de données lexicales consacrée aux mots de civilisation romaine en français médiéval (jusqu’en 1500) du « sentiment » ou « jugement de néologie »

D’un point de vue historique, la base lexicale consacrée aux mots de civilisation romaine (cf. axe 1 point 5) servira à étudier le phénomène néologique en français savant médiéval et surtout le « sentiment » ou « jugement de néologie » porté par les scripteurs sur certains lexèmes. En effet, face à la nécessité de dénommer des realia disparus, les écrivains emploient des mots qualifiés dans les préfaces « d’estranges » ou de « non propre françois ». Il s’agira de discerner ce qu’est un « mot français » pour un locuteur médiéval cultivé. Les gloses, la polynômie synonymique, la coréférence sont autant de clefs d’un discours métalexical en filigrane qui balise l’intégration progressive de nouveaux lexèmes dans la langue. Cette étude sera l’occasion d’établir une typologie des marques de discours métalexical en français savant médiéval, mais aussi de réfléchir à leur prise en compte dans la lexicographie diachronique ou d’états anciens de la langue, qui, se plaçant au niveau de la langue, a tendance à négliger ces phénomènes discursifs, si précieux pour l’histoire du lexique.

2. Le travail lexicographique de Charles Sorel : un exemple d’étude endogène de la langue, en tension entre le spontané et le savant

D’un point de vue historique, encore, on pendra comme exemple d’étude endogène de la langue, en tension entre le spontané et le savant, le travail lexicographique de Charles Sorel.
Charles Sorel (1601 ?-1672), historiographe du roi, reste connu pour son infatigable polygraphie (la bibliographie établie par E. Roy (1891) répertorie 74 ouvrages de sa plume et lui en attribue 12 ; S. Thiessen (1977) élargit le nombre d’ouvrages attribués). On trouve au long de son oeuvre une série de réflexions sur la langue de son temps, et tout particulièrement sur le lexique, réparties entre textes « théoriques » consacrés à la langue et intégrés dans son vaste projet de « Science universelle » ( Grands jours de l’éloquence , chapitres sur la langue et le style dans la Bibliothèque française et la Connaissance des bons livres...), textes accompagnant la préciosité ( Loix de la galanterie , Récréations galantes...) et textes romanesques ( Francion , Berger extravagant , Orphize de Chrysante , Polyandre ). À la fois contemporain du dictionnaire de Oudin et des grammaires de Oudin et Maupas, séduit par la régulation de Malherbe mais sceptique face aux entreprises lexicales développées dans le cercle de Pia Maucors, ou à la normalisation excessive des remarqueurs, Sorel présente un « profil » particulièrement intéressant pour l’étude de la création lexicale au premier XVIIe siècle – Ainsi, F. Brunot ([1909] 1966) a relevé plusieurs premières attestations d’emploi dans le Berger extravagant (mais a dépouillé une contrefaçon rouennaise typographiquement fautive, au lieu d’utiliser les éditions revues par l’auteur lui-même : Toussaint du Bray, 1627 et 1633), toujours adoptées par le Trésor de la Langue Française (« bagarre », apparaîtrait pour la première fois dans Polyandre en 1648). On souhaiterait poursuivre de manière un peu systématique l’examen de l’acribie lexicographique de Sorel, en relevant toutes les remarques consacrées à la formation du vocabulaire (néologie, registres, adaptations d’autres langues...) et à sa pertinence dans ses divers emplois. Ce travail, volontairement monographique, présente les intérêts suivants :
- élargir et nuancer la seule étude sur la langue de Sorel (H. Béchade, 1981) ;
- offrir un corpus jusqu’à présent peu exploité dans les travaux sur la langue du XVIIème siècle, en privilégiant le français préclassique, au moment où le français classique, par le biais des remarqueurs, est l’objet quasiment exclusif des historiens de la langue du XVIIe siècle (G. Siouffi, 2007) ;
- restituer la place dans la lexicographie française du XVIIème siècle, négligée pour la raison invoquée au paragraphe précédent, que tient Sorel, qui choisit toujours l’usage contre la norme (nombreuses occurrences dans les Loix de la galanterie , une satire contre la préciosité dont on sait que Molière s’est très largement inspiré pour composer les Précieuses ridicules )
- remonter la date de certaines attestations de première occurrence données par le TLF (une édition en cours du Berger extravagant a déjà permis de le faire pour plusieurs termes), ce qui pourrait s’intégrer, dans sa très modeste part, à la révision du TLFi en cours à l’ATILF
- enfin, relever les parlers de son temps accompagne l’invention, si importante aux yeux de Sorel, de ce qu’au XIXème on appellera le réalisme dans le roman, et qu’il appelle, lui, le roman comique : celui du monde comme il va, contre le monde idéal, mais intenable (c’est tout l’enjeu du Berger extravagant et de Polyandre ) des romans pastoraux, héroïques et galants, aux dialogues et aux expressions amoureuses parfaitement codifiées.
Les choix lexicaux modèlent donc le genre romanesque choisi.

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